Un film de Josh TRANK
Fantastique + États-Unis + Couleur + 1h24
Sortie française le 22 février 2012
Scénario de Josh Trank et Max Landis
Produit par John Davis et Adam Schroeder
De quoi ça parle ?
Andrew, Matt et Steve sont trois lycéens tout ce qu'il y a de plus ordinaire. Leurs vies vont être totalement chamboulées le soir où ils explorent une étrange grotte, d'où ils ressortent mystérieusement habités par des dons de télékinésie puissants et surnaturels. Après s'être servi de leurs nouveaux pouvoirs pour redonner un peu de piment à leurs banals quotidiens, les trois amis vont très vite se retrouver dramatiquement dépassés par les évènements...
C'est avec qui ?
DANE DeHAAN > Andrew Detmer + ALEX RUSSELL > Matt Garetty + MICHAEL B. JORDAN > Steve Montgomery + MICHAEL KELLY > Le père d'Andrew + ASHLEY HINSHAW > Casey + BO PETERSEN > La mère d'Andrew
Et ça donne quoi ?
Vous en avez marre du
pop-corn à base de sauveurs du Monde en collants moulants inlassablement servie par Marvel & cie et qui fait de grosses tâches sur nos écrans ? Et bien Chronicle peut être une bonne
recette pour vous réconcilier avec vos seaux king size. Surfant donc d'un pied sur cette vague hyper-tendance du super-pouvoir, et du second sur une autre tout aussi fumeuse qu'est la caméra
subjective, le tout premier bébé d'un tout jeune cinéaste n'a rien du gadget fadasse auquel on peu s'attendre au premier abord, et se savoure finalement comme un divertissement à la sauce
américaine, ma foi fort efficace et souvent réjouissant. Sans réelle surprise mais plutôt bien écrite, et parfois même filmée avec ingéniosité (ce qui est très rare dans ce type de dispositif),
cette chronique fantastique d'ados-nerds qui eux n'ont rien de fantastique aborde le sujet avec un point de vue très ancré dans une réalité quotidienne, effleurant même une réflexion plus
intimiste et surtout bien plus sombre, là où les habituels firmes du genre restent moralisatrices et bien-pensantes. Hormis quelques défauts, dont une intensité dramatique qui aurait gagné à être
plus fouillée, et un essoufflement lors d'un final qui en fait un peu des caisses, Chronicle est une sorte de petit blockbuster fait maison, qui écrase ses adversaires boxant dans la
même catégorie par la seule force de la pensée.
Dans la catégorie "Je-pompe-le-moindre-concept-qui-remporte-un-tant-soit-peu-de-succès-jusqu'à-l'épuisement-le-plus-total", le film en caméra subjective est fort bien placé pour décrocher la palme. En effet, depuis 1999 et le succès planétaire du Projet Blair Witch, cette mode filmique a envahi nos écrans, et surtout le rayon horreur/fantastique. Prenant le spectateur pour le débile le plus profond n'ayant jamais été assis dans le siège rouge d'une salle obscure (bon ça, le spectateur il a l'habitude qu'on le prenne pour un con...), on a tenté de nous faire croire, via ce concept, que l'on assistait à des faits réellement réels, et même pire encore, que le simple fait de nous diffuser des images purement fictionnelles comme si elles étaient prises sur le vif serait le seul effet de mise en scène nécessaire à impressionner n'importe quel badaud. Ba voyons... Très rarement convaincant donc (outre l'espagnol Rec de Plaza et Balaguero, et à un échelon moindre l'américain Cloverfield de Reeves, peu tiennent la pellicule), ce concept fait une nouvelle fois éruption ici, avec tous les défauts qu'on lui connaît. Car le problème premier de cette façon de filmer est qu'elle annule automatiquement tout travail de mise en scène. Pas de soin du cadre, ni d'études minutieuses des plans, ou des mouvements de caméra... Même les travellings les plus conventionnels, et les bons vieux champs/contrechamps, passent à la trappe ! Mais ici, Josh Trank, 28 printemps et de l'envie à revendre, use d'inventivité pour se permettre quelques contrepieds. Après un départ excessivement classique, le cinéaste novice, au fur et à mesure que son intrigue se densifie, et prenant l'excuse des pouvoirs de télékinésie de ses protagonistes (ou encore l'oeil de vidéosurveillances, ou les objectifs d'autres points de vues), n'hésite pas à adopter quelques effets de caméra, ce qui est extrêmement rare dans un film à la première personne pour être souligné. Car le principe même de ce genre de long-métrage consisterait plutôt à utiliser ce procédé comme excuse à la moindre forme d'inventivité. En revanche, une chose ne change pas : les incohérences et inepties sur ce qui est filmé par les caméras des héros sont toujours présentes, même ce que l'on ne capterait jamais sur pellicule (ou plutôt sur disque dur, je suis déjà dépassé par l'avénement du tout-numérique) est filmé pour donner une logique narrative à l'ensemble. Mais ici, c'est surtout l'hégémonie des super-héros sur grand écran qui est revisitée.
"Quand il s'intéresse au quotidien des teenagers américains au travers de cette découverte de pouvoirs surnaturels, Josh Trank essaie de creuser son récit un peu plus que les films du genre actuels, bien peu profonds à quelques exceptions près."
Après s'être très logiquement demandé pourquoi Trank a décidé de réaliser son premier film de la sorte et pas d'une manière dite plus "traditionnelle" qui aurait eu beaucoup plus de gueule et d'impact au final, on s'aperçoit à un moment que le jeune réalisateur n'a pas usé de ce dispositif cinématographique seulement pour faire du "buzz" cher à Nikos Aliagas et Jean-Marc Morandini. Car quand il s'intéresse au quotidien des teenagers américains au travers de cette découverte de pouvoirs surnaturels, il essaie de creuser son récit un peu plus que les films du genre actuels, bien peu profonds à quelques exceptions près. Ainsi, lorsque le jeune Andrew Detmer, tellement l'archétype du geek-loser qu'il en ferait passer Peter Parker pour un tombeur charismatique, se découvre des super-pouvoirs avec ses deux super-potes, la première chose qu'ils font n'est pas de se confectionner un super-costume avec du fil à coudre, un passe-montagne, et une vieille combinaison de ski barriolée, et de se sentir obligé de voler au secours de la veuve et de l'orphelin, mais de les mettre à profit pour se marrer, comme le ferait n'importe quel ado en fin de compte ! Ils essaient juste de rendre leurs mornes vies plus fun et plus délirante, de devenir enfin plus populaire dans une société d'images et d'apparences où l'on passe de pauvre type infréquentable à gloire du lycée idolatrée comme une girouette change de direction au moindre coup de vent. Cet aspect donne un aloi plaisant et sympathique à Chronicle, à cent lieux du grand pouvoir qui engendre de grandes responsabilités cher à un certain homme-araignée. Dans le cas présent, ils sonneraient davantage comme une malédiction, car Andrew, totalement dépassé par sa nouvelle force mélangée à sa vieille frustration, incapable de trouver une réponse à ses questions sur la force de la nature sauvage, court progressivement à sa propre perte. Et c'est même rien de le dire.
"Si la réflexion amorcée par le scénario avait été juste un peu plus poussée, Chronicle n'aurait pas seulement eu le statut de divertissement intéressant et intelligent qu'il obtient haut la main, mais sans doute celui d’œuvre coup de poing et bien plus complexe qu'à l'accoutumé."
Cette acide relecture du mythe américain du super-héros, parfois même immorale plus s'approche le générique de fin, sonne un peu le déjà-vu certes, mais ne s'égare jamais dans le mièvre, ne se la joue pas donneuse de leçons tout droit sortie d'un comic book. Et si la réflexion amorcée par le scénario avait été juste un peu plus poussée, Chronicle n'aurait pas seulement eu le statut de divertissement intéressant et intelligent qu'il obtient haut la main, mais sans doute celui d'oeuvre coup de poing et bien plus complexe qu'à l'accoutumé. On a même envie de se montrer clément envers son final apocalyptique et spectaculaire un peu too-much, qui d'un seul coup multiplie inexplicablement les angles de prises de vues, et se montre si destructeur à outrance que Michael Bay passerait presque pour une danseuse en tutu à côté. Mais il faut bien l'avouer, Trank le fait avec beaucoup moins de moyens que le dernier nommé, et ses effets spéciaux low-cost épatent par leur rendu visuel, bien que l'on préfère le travail du jeune réalisateur lorsqu'il s'attaque aux délires juvéniles de ses Quatre Fantastiques (Susan Storm en moins), que quand il s'affaire à sa partie "blockbuster", toutefois haletante de pessimisme. Pris pour un con depuis des lustres par le pouvoir quasi-télékinétique des grosses machines à fric hollywoodiennes, le spectateur semble donc s'en être désintéressé de plus en plus ces-derniers temps, pour s'envoler vers des manufactures plus indépendantes, plus D.I.Y., comme celle ici présente. Tant mieux. Car Chronicle apparait comme une sorte de cinéma de divertissement new-age, un pop-corn movie au goût bien moins rance. Et si, comme le mentionne l'accroche présente sur l'affiche, l'abus de super-pouvoirs est dangereux pour la santé, celui de bons films ne l'est jamais.
Quelques trucs à savoir sur le film pour se la péter en société
+ Né en février 1984 en Californie, Josh Trank signe ici son tout premier long-métrage. Avant cela, le jeune cinéaste avait officié comme réalisateur et scénariste sur quelques épisodes de la mini-série The kill point - Dans la ligne de mire (diffusée en 2008 sur France 2), et comme monteur sur le film indépendant Big fan, pas encore sorti en France. Il a également dirigé un court-métrage intitulé Stabbing at Leia's 22nd Birthday, où il s'attaquait cette fois au mythe de Star wars, et déjà en caméra subjective.
+ Le succès de Chronicle auprès du public américain a été tel qu'il a fait de Josh Trank le plus jeune réalisateur a avoir atteint le sommet du box-office US au moment de l'exploitation de son film en salles. Excusez du peu, mais il devance tout de même Steven Spielberg, qui a réalisé ce petit exploit à l'âge de 28 ans avec Les dents de la mer, et James Cameron, qui avait lui 30 ans lorsque son Terminator a tutoyé la première place du box-office.
+ Le scénario du film a été écrit à quatre mains, sur une idée originale de Trank développée par Max Landis, jeune scénariste qui jusqu'ici n'avait écrit que pour des épisodes des Maitres de l'horreur. D'ailleurs, ce-dernier n'est autre que le fils du cinéaste John Landis, à qui l'on doit The Blues brothers, Le loup-garou de Londres, Le flic de Beverly Hills 3, ou encore le célèbre clip de Michael Jackson Thriller. Max Landis a également déjà réalisé un court-métrage qui avait pour sujet... les super-héros ! (The death and return of Superman)
+ Les trois jeunes comédiens principaux font quasiment tous ici leurs grands débuts au cinéma. Dane DeHaan (Andrew) et Michael B. Jordan (Steve) ont principalement joué dans des séries TV : un épisode de New York, unité spéciale, ou un personnage récurrent dans la quatrième saison de True Blood pour le premier nommé, des apparitions dans Dr. House, Lie to me ou Bones, et les saisons 4 et 5 de Friday night lights pour le second. Michael Kelly (le père d'Andrew) est lui plus expérimenté. On a pu le voir dans beaucoup de seconds rôles aux côtés d'acteurs réputés comme Jim Carrey (dans Man on the moon de Milos Forman), Bruce Willis et Samuel L. Jackson (dans Incassable de Shyamalan), Angelina Jolie et John Malkovich (dans L'échange de Clint Eastwood), ou encore Sean Penn et Naomi Watts (dans Fair game de Doug Liman).
+ La plupart des effets spéciaux de Chronicle a été réalisé directement lors du tournage, et non en numérique lors de la post-production. Par exemple, les voitures que le personnage d'Andrew éjecte lors de la scène finale ont été propulsés à l'aide de gaz comprimé. Ce choix a été décidé non seulement pour alléger les coûts de productions, mais aussi pour avoir un meilleur rendu visuel.
+ L'un des producteurs du film, John Davis, fondateur de la société Davis Entertainment, est un spécialiste du film d'action. A son actif, on lui doit de s'être occupé de la production de films comme Predator de John McTiernan avec Schwarzenegger, Waterworld avec Kevin Costner, Daylight avec Stallone, ou I-Robot avec Will Smith.
+ Chronicle a été présenté hors-compétition officielle lors du dernier festival du film fantastique de Gérardmer qui s'est tenu fin janvier 2012.
+ Le budget de Chronicle est estimé à 12 millions de dollars. Le tournage s'est lui majoritairement déroulé à Seatle et à Vancouver (Canada), sauf pour toute la scène finale, tournée elle à... Cape Town en Afrique du Sud !




Derniers Commentaires